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Stratagème

mercredi 25 janvier 2006


Bon de commande Alapage

Note de lecture par Gildas Bourdais

Un nouveau livre de Jacques Vallée est toujours un événement pour les ufologues francophones. Il est à présent disponible en librairie, sous le titre « Stratagème » (aux Editions de L’archipel) et se présente comme un roman, que l’on trouvera, non pas au rayon habituel d’ésotérisme, mais au rayon de science-fiction. Mais peu importe car, si dans ce « roman », Vallée nous conte une curieuse histoire, c’est bien d’un livre sur les ovnis qu’il s’agit, comme on va le voir, et c’est à ce titre qu’il convient de l’évaluer. Autant le dire tout de suite, mon opinion est que, sous couvert d’une histoire romancée, ce livre est une caricature insidieuse de l’ufologie, ressassant de nombreux arguments qui relèvent de la désinformation, dont le plus récent est l’histoire absurde de Nick Redfern sur Roswell.

Le plus simple est de suivre l’histoire. Robert, le narrateur, est directeur des relations extérieures dans un entreprise d’informatique de la « Silicon Valley », dirigée par son ami Mark Harris, qui s’apprête à lancer un nouveau semi-conducteur performant. L’entreprise est vulnérable, comme beaucoup depuis l’éclatement de la bulle boursière, mais elle est soutenue par un partenaire influent de Mark, le banquier George Preston, qui « a su convaincre le fonds Goldenstar de mettre quelques millions sur la table ». On va découvrir plus loin que c’est un aspect important de l’histoire. Notons au passage que Jacques Vallée connaît bien ce milieu d’affaires, étant lui-même promoteur de « start-ups » d’informatique à San Francisco.

Mark Harris invite Robert à faire une petite croisière à l’embouchure de l’Amazone, près de l’île de Colares. Il faut rappeler que celle-ci est au cœur d’une région qui a connu des événements dramatiques dans les années 70. De pauvres pêcheurs y ont été agressés par des ovnis, certains y ont perdu la vie, et l’armée brésilienne y a fait une enquête approfondie, sur laquelle elle a commencé à donner des informations en 2005, justement. A bord du bateau, une violente tempête surprend la nuit nos vacanciers innocents. Ils voient surgir des flots deux ovnis gigantesques et illuminés - 500 mètres de long, précise Robert ! - qui font d’énormes vagues et provoquent leur naufrage. Ils sont repêchés en piteux état, mais le fils de Mark, Ricky, a péri dans le naufrage. Mark, très affecté et impressionné, se lance dans une enquête sur les ovnis pour savoir ce que cachent les autorités. Il a cependant un atout, la caméra électronique de son fils, contenant des photos de l’ovni et qu’il a retrouvée miraculeusement sur la plage. De retour à San Francisco, Mark raconte à Robert que l’ambassadeur américain est venu le voir à l’hôpital de Fortaleza où il récupérait, puis un « type des renseignements » est venu pour mettre la main sur la caméra ! Ainsi, le lecteur est-il plongé dès le début du livre dans une ambiance de manipulation et de conspiration du style « ils savent tout et nous cachent tout ».

Mark Harris obtient un entretien à Washington avec le sénateur de Californie Healdsburg, et y va avec Robert. Lors de l’entretien, le sénateur est assisté de Stéphanie Sheldon, et deux autres personnages sont présents : le professeur Barley, « conseiller scientifique de la commission des forces armées », qui va écouter leur histoire avec réticence, sans rien dire, et un certain monsieur Boterman, dont la fonction n’est pas précisée. Le sénateur Healdsburg et son assistante racontent qu’ils ont eu connaissance d’enquêtes antérieures sur les ovnis, mais que ça n’avait pas abouti. Le sénateur cite un effort de Laurance Rockefeller pour inciter le conseiller scientifique du Président Clinton à enquêter sur le crash de Roswell, et le mystérieux Monsieur Boterman raconte alors qu’il avait justement participé à cette initiative. Il avait bien appelé un général au Pentagone « qui s’occupait des archives », mais celui-ci lui avait dit « d’aller chier dans son chapeau » ! (page 51). Il s’agit en fait d’une réplique qui aurait été faite à un enquêteur du GAO, lorsque cet organisme du Congrès avait commencé son enquête sur Roswell.

Faisons un petit détour dans le monde réel pour signaler que, justement, Jacques Vallée avait été associé par Laurance Rockefeller à son effort pour intéresser la Maison Blanche aux ovnis, dans son groupe « Human Potential Foundation ». Des réunions avaient lieu avec le conseiller scientifique de Bill Clinton, le Dr Jack Gibbons.

Au printemps de 1994, alors que le GAO venait de commencer son enquête sur Roswell pour le compte du Congrès, Rockefeller avait réussi à intéresser Gibbons à cette affaire. Nous savons maintenant, grâce au chercheur Grant Cameron qui a obtenu communication des archives, que deux membres du groupe de Rockefeller, en désaccord avec cette initiative, avaient alors quitté le groupe. L’un d’eux n’était autre que Jacques Vallée, lequel avait écrit directement au Dr Gibbons pour solliciter un entretien, que celui-ci avait d’ailleurs refusé ! (Son fax, du 14 février 1994, a été publié par un autre enquêteur, Steven Kaeser, du très sérieux Fund for UFO Research, ou Fufor). Cette démarche de Vallée pour bloquer une enquête sur Roswell s’est avérée inutile, en fait, car le Dr Gibbons avait rapidement abandonné ce projet, sur avis négatif du Pentagone. Ceci est bien raconté par François Parmentier dans son livre "OVNI. 60 ans de désinformation" (pp 200 et 201).

A la sortie de cette curieuse réunion, c’est l’assistante du sénateur, Stéphanie Sheldon, qui les rattrape dans le couloir et leur propose de dîner ensemble pour leur en dire plus. « Vous entrez dans un domaine dangereux, où vous ne connaissez pas tous les obstacles » leur explique-t-elle (sur ce point, je suis d’accord !). Les informations qui circulent sont faussées par « l’action de gens qui se cachent derrière différents groupes et n’hésitent pas à infiltrer les organisations d’amateurs pour exploiter leurs fantasmes ». Elle leur raconte alors comment le malheureux ingénieur Paul Bennewitz s’était fait bourrer le crâne par des agents de l’armée de l’Air avec de sombres histoires d’enlèvements par des extraterrestres opérant dans une base souterraine où ils fabriquent des hybrides, bref, « toute une série de légendes que le pauvre physicien, puis les ufologues du monde entier, ont rapidement adoptée ». Mais pourquoi donc avait-on lancé toutes ces folles rumeurs, demandent Mark et Robert à l’assistante du sénateur. Elle leur explique alors que c’était pour cacher des expériences secrètes de radio-communications sur la base de Kirtland, près d’Albuquerque, que Bennewitz avait découvertes en écoutant des émissions radio de la base, depuis son laboratoire d’électronique situé à proximité. Mais ce bon tour des services secrets a eu un effet pervers, poursuit-elle : « les secrets techniques des militaires étaient sauvegardés, mais une véritable psychose de l’invasion extraterrestre était née ».

Qu’en est-il de cette histoire, dans le monde réel ? Oui, il y a eu désinformation de Bennewitz, pour lui faire perdre la raison, avec l’histoire fantaisiste de la base souterraine de Dulce au Nouveau-Mexique. Cet objectif a été « brillamment » atteint dans les années 80, avec l’aide de l’ufologue Bill Moore, embauché secrètement à cette occasion, qui l’a avoué au congrès du Mufon en 1989 devant un public indigné. Et il est vrai que Bennewitz, en racontant partout cette fable de Dulce, a fortement contribué au lancement des rumeurs conspirationnistes les plus folles qui se sont répandues à cette époque (voir à ce sujet mon livre « OVNIS : la levée progressive du secret »).

Mais nous avons là l’explication classique des sceptiques, qui ne cessent de dénoncer ces rumeurs en faisant l’amalgame avec les recherches de pointe qui progressaient beaucoup à l’époque, notamment sur des dossiers comme Roswell, les enlèvements, les mutilations de bétail. Il est évident que cette nouvelle ufologie inquiétait beaucoup les militaires, et il n’est pas surprenant qu’ils aient alors utilisé la technique de la « désinformation amplifiante » pour la discréditer. C’est là la véritable explication de la triste affaire Bennewitz. Et ce n’est pas un hasard s’ils ont « embauché » secrètement Bill Moore, peu après la parution de son livre sur Roswell en 1980. En réalité, si Bennewitz avait seulement découvert des expériences secrètes de radio-communications, il aurait été beaucoup plus simple de lui dire de se taire, d’autant que c’était un bon citoyen qui avait informé les militaires de ses observations. Ainsi, le roman de Vallée s’aligne tout simplement sur la version sceptique de cette histoire, comme il l’avait déjà fait dans son livre « Révélations ». Soulignons aussi combien il est méprisant pour les ufologues.

Cette opinion condescendante est depuis longtemps une constante chez Vallée, et elle parcourt tout le livre. Par exemple à la page 68, où Mark se débat avec des milliers de sites sur Internet où s’étale « ce monde de fous, de charlatans et d’illuminés », qui se livrent à « des attaques fratricides et des accusations virulentes contre les gouvernements qui dissimulaient des certitudes cosmiques ».

Reprenons l’histoire. Mark et Robert sont ensuite contactés par le général Crawford, qui a été informé de leur histoire par le sénateur Healdsburg. Le brave général essaie de leur faire croire qu’ils ont vu des dirigeables militaires brésiliens, mais nos deux héros ne sont pas contents du tout et le lui font savoir sans ménagement. Là, nous sommes encore au camp de base de la désinformation, mais le roman va bientôt se corser. Etape suivante : la femme de Mark tente de se suicider, bouleversée car on est venu mettre à sac la chambre de son fils pour retrouver la caméra contenant les précieuses photos des ovnis.

Il y a toujours, en effet, ces photos sur la petite carte mémoire, qu’il faut analyser. C’est le père de Robert, expert émérite, qui va le faire dans des conditions idéales de discrétion, renouant avec lui pour la circonstance après deux ans de brouille. Au bout de deux heures d’analyse, le verdict tombe : les photos sont remarquables mais « impossibles » car les ovnis changent de forme ! Cependant, le père, qui possède deux doctorats, n’est pas troublé et fait allusion à d’autres dimensions, prévues par la théorie des cordes. Pourquoi va-t-on chercher la vie dans l’espace, observe-t-il, alors qu’elle est peut-être sous nos yeux, dans une autre dimension ? Il raconte à Robert qu’il a lui aussi essayé d’intéresser le conseiller scientifique de la Maison Blanche à ces idées, mais « ...il nous a ri au nez. On ne peut pas lui en vouloir : il n’avait pas accès au secret de niveau élevé » (Décidément il y a plein de gens au courant, mais pas le conseiller scientifique du président !) Et les médias ne s’intéressaient qu’aux « intégristes de la soucoupe », ajoute-t-il (p. 79).

Puis le « complot » s’épaissit encore. Sur la route du retour à San Francisco, les deux amis échappent de justesse à une tentative d’assassinat. Blessés, ils sont recueillis et soignés discrètement par de sympathiques marginaux dans le petit port de Banderas Bay. Ils y rencontrent quand même un colonel à la retraite qui leur apprend qu’il avait été contrôleur de budgets noirs au Pentagone. Ils avaient bien repéré des études non identifiées à très gros budget - des milliards de dollars - et on leur avait juste dit que c’était pour étudier du « matériel extraterrestre ». Son chef avait appris qu’ils « analysaient des objets volants inconnus, sans grand succès », mais il avait renoncé à en savoir plus après avoir été menacé de « perdre deux étoiles » ! Notons au passage que Robert ne pense pas à prévenir son père, qui a gardé copie des photos, du danger qu’il court sans doute lui aussi, mais ne chipotons pas. C’est alors que leur vient l’idée géniale - c’est le « stratagème » - de mettre en scène une fausse apparition de soucoupe, qu’ils font faire se poser près d’un village du Middle West en laissant quelques traces, dans l’espoir de débusquer des agents secrets venus enquêter. L’histoire de cette mise en scène est bien peu crédible, avec une fausse soucoupe, vite fabriquée en plastique, suspendue de nuit à une grue près du village, mais ces braves gens sont si bêtes qu’ils n’y voient qu’un ovni !

Accélérons le film. L’affaire fait aussitôt grand bruit et tout le monde vient voir. La radio de « Mike Ball » (allusion probable à la célèbre radio de Art Bell) en fait tout un plat, avec l’invitée du jour qui révèle que l’archange Gabriel lui avait annoncé l’atterrissage « sur l’oreiller » (encore un coup sur le nez des ufologues). Au village, nos héros repèrent facilement des agents secrets dans la foule excitée, en les voyant s’emparer d’un appareil de leur fabrication, qu’ils ont laissé astucieusement sur le lieu de l’atterrissage. Il contient un émetteur ultra-sophistiqué (fabrication ad hoc, vite faite, de leur laboratoire) qui va leur permettre de les suivre à la trace. Ils les suivent ainsi en voiture jusque dans un trou perdu de l’Arkansas, Cherokee Flats, où les agents secrets s’enfoncent, non loin de là, dans une mine désaffectée. Nos enquêteurs malins les suivent et finissent par découvrir, au bout de longs couloirs, une salle où des scientifiques essaient d’étudier un débris d’ovni extraordinaire, auquel ils ne comprennent rien, bien entendu. Comme l’ovni géant de Colares, cette pièce semble elle aussi changer de forme, et faire sans doute la navette dans une autre dimension. Elle émet une mystérieuse radiation qui leur donne une terrible migraine et les rend malades. Repérés, ils battent en retraite. A la sortie de la mine, un hélicoptère surgit et des hommes en armes embarquent Mark. Robert réussit à s’échapper et revient au village voisin, où il découvre que tout le monde est malade et dégénéré, à cause de l’influence délétère du débris.

Néanmoins il y fait une nouvelle découverte, de grande importance. Dans un bar, un vieux médecin alcoolique qui l’a repéré, le docteur Matt, l’emmène dans une chambre froide - c’est dans l’arrière boutique de la maison des pompes funèbres - où il conserve une douzaine de cadavres dans des caissons. Il en ouvre un, et devinez quoi : c’est l’un des petits Chinois handicapés, sur lesquels on a fait d’inavouables expériences d’irradiation en vol, à White Sands, en 1947.

C’est l’histoire du livre de Nick Redfern sur Roswell, « Body Snatchers in the Desert », paru en juin 2005 !

Le vieux médecin avait fait partie de l’équipe et lui raconte son histoire, qui est un résumé du livre de Redfern. Il faut signaler que celui-ci a fait un beau scandale l’année dernière aux Etats-Unis et dans le monde, tellement l’histoire est absurde. En deux mots, ces prisonniers auraient été trouvés en 1945 par les Américains à l’Unité 731 (centre d’expérimentations biologiques en Mandchourie, où ils n’ont pas pu mettre les pieds, le territoire ayant été « libéré » par les Russes), et les auraient rapatriés, avec des médecins japonais, pour mener en 1947 ces horribles expériences d’irradiation en vol, suspendus à des ballons. Mais il y a eu des accidents, poursuit le vieil ivrogne, et les légendes de crash d’ovni à Roswell et autres lieux ont été fabriquées par les services secrets (il y a participé) pour cacher à tout jamais ces expériences inavouables. Le hic, c’est que plusieurs informateurs ont raconté l’histoire à Nick Redfern en comptant sur lui, manifestement, pour la répandre, ce qu’il a fait. Et voici que le roman de Vallée recycle l’histoire, en quelque sorte !

J’ai participé à la critique de ce livre de Redfern, sur Internet, et avec un article que l’on peut lire à cette adresse : http://www.ovni.ch/home/frame4.htm

Ceux qui n’ont pas le temps de le lire trouveront un court résumé des quelques arguments à la fin de cette note de lecture. Pour information, mon article a été publié en anglais dans le « Mufon UFO Journal » de novembre 2005, et la revue « IUR », du Cufos, en a publié aussi une critique, de l’excellent ufologue Robert Durant.

Soulignons tout de même une contradiction flagrante dans cette histoire. Dans la version de Redfern, toute trace de ces sinistres expériences avait été effacée, ce qui n’a pas empêché des informateurs, membres de services secrets, de la lui raconter, et le film de l’autopsie de sortir sur toutes les télévisions en 1995, montrant, selon eux, l’un de ces prisonniers handicapés ! On trouve chez Vallée une contradiction analogue : que diable font ces cadavres dans un trou perdu de l’Arkansas, conservés par un vieux médecin alcoolique, et comment se fait-il qu’il ne soient même pas gardés ? Si, ils sont gardés par un jeune employé qui « semblait affecté par ce que les psychologues appellent pudiquement un déficit intellectuel », nous précise Vallée ! (p. 193).

Comme le médecin a oublié le code d’ouverture de la porte, il demande à cet idiot du village, qui l’a notée sur un papier dans sa poche, de le lui composer. Impressionnante démonstration d’efficacité pour des opérations ultra-secrètes qui ont coûté on ne sait combien de millions de dollars !

Là dessus, la course folle de notre héros n’est pas terminée. Deux malabars débarquent dans le café, visiblement à sa recherche, et il faut fuir au plus vite. Hélas, ils ont fait exploser sa voiture, mais un miracle se produit alors : un taxi jaune fait irruption, avec à son bord une belle fille aux yeux verts qui le sauve in extremis ! Abrégeons encore la folle histoire.

Robert suit à la trace un agent facile à repérer, aux cheveux coupés en brosse et au blouson de cuir. Celui-ci prend l’avion jusqu’à Paris, et là, le train pour Bruxelles. Pourquoi pas l’avion direct jusqu’à Bruxelles ? Peut-être pour brouiller les pistes, mais c’est raté. Robert ne le lâche pas d’une semelle. Ils arrivent enfin au but : c’est le siège de la plus puissante banque privée du monde, qui s’avère être l’investisseur de la société de Mark Harris, par le canal du « Goldenstar Investment Funds ». Et ce n’est pas un hasard ! Il était attendu, et il y retrouve Mark.

On leur dévoile alors tout un monde secret, très « conspirationniste ». La banque s’intéresse beaucoup aux ovnis car c’est un facteur de risque pour ses investissements mondiaux. Ils ont même un laboratoire secret, qu’on leur fait visiter, où ils étudient un autre fragment d’ovni aux propriétés magiques, comme celui de la mine dans l’Arkansas. Sans grand succès, leur avoue-t-on : c’est un leitmotiv du roman. Le mystérieux débris leur donne de nouveau mal à la tête et il faut abréger la visite. On apprend aussi que ces débris d’ovni ont été repêchés en 1953 par un sous-marin britannique dans le Pacifique : je crains qu’ils n’aient eu très mal à la tête pendant leur voyage de retour ! Pourquoi ce débris a-t-il été passé par la Marine de Sa Majesté à une banque privée ? Peut-être, justement, parce qu’il leur donnait mal à la tête !

Jacques Vallée nous sert, avec ces stupéfiantes révélations, une chronologie de l’histoire des ovnis à sa façon, qui vaut encore un « arrêt sur image ». Il nous ressort notamment sa vieille histoire du « mémo de Pentacle », réfutée depuis longtemps par les meilleurs ufologues américains, l’équipe du Cufos créée par l’astronome Allen Hynek. J’ai déjà expliqué cela en détail dans un article publié dans la revue « LDLN » (No 361, juillet 2001), et visible sur Internet (site « Triangle » de Philippe Huleux). En quelques mots, il s’agit d’une lettre de 1952, écrite par l’ingénieur Howard Cross, de l’Institut Battelle, au capitaine Ruppelt, responsable de la commission « Livre Bleu ». Ruppelt avait commandé à cet institut réputé une analyse statistique des observations d’ovnis. A l’automne 1952, Cross avait appris qu’une réunion scientifique se préparait, qui allait être la fameuse « commission Robertson », en janvier 1953 à Washington. Or l’étude de Battelle (qui allait devenir l’excellent « Rapport 14 » de Livre Bleu) n’était pas terminée, et Cross déplorait dans sa lettre que l’on n’ait pas attendu leurs conclusions pour faire cette réunion. Critique pertinente ! Il suggérait aussi que l’on fasse une expérience, avec des instruments de mesure ad-hoc, dans une zone riche en observations d’ovnis, par exemple au Nouveau Mexique, pour tenter d’enregistrer des ovnis, et en y faisant aussi voler incognito des avions et des ballons pour calibrer les instruments. Vallée a découvert dans les années 60 une copie de cette lettre dans le bureau de Hynek, dont il était alors l’assistant, et il en a en a tiré un véritable roman, en 1992, dans son livre « Forbidden Science » (en français, « La science interdite », 1997), croyant y voir la preuve que l’on avait fait des expériences secrètes de mise en scène de faux ovnis. Et si ces expériences ont bien eu lieu, a spéculé Vallée, elles ont peut-être été à l’origine de beaucoup d’observations d’ovnis ! On voit ici un thème qui rejoint celui de l’historien de la CIA Gerald Haines - les avions secrets qu’on a pris pour des ovnis, et l’on a favorisé cette croyance pour les protéger - thème récurrent dans ces deux livres de Redfern et Vallée : les fausses histoires de crash d’ovni pour camoufler des expériences secrètes, l’ingénieur Bennewitz désinformé, etc.

En bref, selon ces auteurs, il faut comprendre que, oui, on nous cache des choses, mais pas des ovnis : des expériences secrètes, évidemment ! On apprend aussi, dans le roman de Vallée, que les militaires américains confient leurs études sur les ovnis à des sociétés privées pour ne pas être embêtés par des enquêtes indiscrètes (p. 227). En fait, ce n’est pas vraiment un scoop, car il y a des années qu’on en parle. N’oublions pas que, de toutes façons, ils n’y comprennent pas grand chose, nous dit Vallée !

Mais alors, que sont ces ovnis géants qui sortent de l’eau à Colares, et ces débris étranges qui donnent mal à la tête ? Vallée a ménagé une porte de sortie spectaculaire pour conclure. Les puissants financiers de Bruxelles emmènent notre héros, qui est maintenant leur prisonnier comme son ami Mark car ils en savent trop, pour une nouvelle croisière dans l’embouchure de l’Amazone, car ils veulent tout savoir sur cette histoire.

Leur superbe bateau est pris à son tour dans une violente tempête, provoquée par l’irruption d’un ovni géant qui émerge des eaux, venant sans doute d’une autre dimension. Le bateau fait naufrage, noyant presque tout l’équipage, mais Robert est sauvé in extremis. Devinez par qui : par la fille aux yeux verts, qui est sortie de l’ovni ! Mieux encore, elle ramène le jeune fils de Mark que l’on croyait mort, en fait sauvé par l’ovni, et tout finit bien. Quelle est sa vraie nature ? Vallée laisse planer le mystère.

Que penser de cette histoire ? Qu’elle risque de passer encore la rampe auprès d’un public francophone où Vallée a conservé pas mal d’adeptes. Espérons cependant que certains, qui s’interrogent plus ou moins sur le rôle obscur qu’il semble jouer, vont ouvrir les yeux. Il est triste de voir un tel auteur, qui avait si bien commencé sa carrière ufologique, en arriver aujourd’hui à raconter une telle fable, propageant des thèmes bien identifiés de la désinformation américaine, sous couvert d’une œuvre de fiction.

Bon de commande Alapage


Quelques arguments sur l’histoire de Nick Redfern.
(Publiés par moi en anglais sur la liste UFO Updates, début décembre 2005).

Je voudrais résumer ici quelques arguments contre le livre de Nick Redfern « Body Snatchers in the Desert ». Le principal est celui que je considère comme un défaut majeur (en fait, le défaut « fatal ») de son histoire : plusieurs informateurs indépendants lui ont dit que des prisonniers handicapés (des Chinois pour la plupart) avaient été ramenés de Mandchourie. C’est impossible, comme le révèlent les livres d’histoire. Les Russes avaient envahi la Mandchourie en moins de deux semaines, et les Japonais avaient tué tous les prisonniers restants, avant leur arrivée. De plus, ils utilisaient des sujets en bonne santé pour leurs expériences.

Le deuxième argument majeur est que des débris de ballons et d’avion auraient été facilement identifiés comme tels par les officiers de l’Air Force de Roswell. Il n’y aurait pas eu de communiqué de presse. Et si, toutefois, ils avaient commis une aussi incroyable méprise, des témoins comme Jesse Marcel, le général DuBose et d’autres, n’en auraient pas été fiers et n’auraient pas voulu en reparler trente ans plus tard, très probablement.

Un autre point important, qui a été en fait le premier débattu à UFO Updates (par Bob Shell et d’autres), est l’argument du film de l’autopsie d’un « alien » qui, selon ses informateurs à Londres, montrait un prisonnier chinois handicapé ! Ses informateurs avaient mentionné les syndromes de la progeria, de Werner et de Ellis van-Creweld. Quand j’ai raconté cette histoire en France et en Italie, les gens ont bien ri.

Un autre point, également important, est que si cette « vérité horrible » était la chose à cacher « à tout prix », pourquoi plusieurs informateurs la lui avaient-ils racontée, en premier lieu ? C’est absurde, évidemment. Au contraire, cela a un sens de supposer que, de même que certaines fausses histoires de crash ont pu être « plantées » pour cacher le vrai crash de Roswell (et peut-être d’autres), la partie continue avec cette nouvelle histoire. De même, si cette histoire était vraie, il aurait été tellement plus facile pour l’Air Force de la rendre enfin publique, surtout après les révélations de la commission ACHRE sur les expériences d’irradiation humaine, au lieu de s’accrocher à une histoire impossible de ballons Mogul, et de mannequins pour essais de parachutes.


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