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A propos de J. Vallée et du "système de contrôle"
PAR THIBAUT CANUTI

mercredi 6 mai 2009


En 1969, la parution de « Passport to Magonia[1] », dont le titre sera malheureusement travesti par la traduction française (Le titre français de l’ouvrage « Chronique des apparitions extraterrestres » laisse à penser qu’il ne s’agit que d’une collecte de cas anciens et que l’auteur est convaincu que l’origine des ovnis est « extraterrestre »), précise plus encore ce qui est sa grande intuition quant à l’interprétation du phénomène. L’ovni, comme certains récits folkloriques, mythiques ou religieux de l’Histoire, renvoie à la même réalité perçue par la civilisation humaine au fil des siècles, celle d’un système de contrôle opérant essentiellement, et dans un but incertain, sur la psyché humaine.

Ce livre s’appuie assez franchement sur les travaux d’un érudit spirite, Walter Ewans Wentz, auteur d’une thèse sur la tradition celtique en Bretagne, publiée en 1911[2]. Il y pointe les fréquentes similitudes dans les récits folkloriques et ceux plus contemporains, mettant en cause les ovnis. Il y évoque la vague de 1896-1897 aux Etats-Unis, dont certains épisodes sont parfaitement similaires à des anciennes chroniques médiévales. Vallée dévoile également dans ce livre le contenu de la base Magonie[3], 923 cas sélectionnés par l’auteur à la fois pour leur étrangeté et leur crédibilité, couvrant un siècle d’observations entre 1868 et 1968.

Si le caractère scientifique de la démonstration peut être aisément mis en cause, les bizarreries de certains rapports entre ufonautes et témoins s’en trouvent au moins éclairées sur un point, les récits folkloriques anciens renvoyaient déjà au contenu de ce type de rencontres et les mécanismes qui avaient fait naître ces différentes croyances étaient les mêmes, le fait ovni étant conçu comme un folklore en formation. En évoquant les récits du pays des fées ou les traits de la « gentilhommerie » irlandaise, et en évaluant ses matériaux au regard de tous les « points durs », les failles béantes et les incohérences des récits ufologiques, Vallée propose une hypothèse sur la nature fondamentale des ovnis, positivement révolutionnaire et qu’il ne quittera plus.

« [4]Le phénomène OVNI existe. Il a été avec nous tout au long de l’Histoire. Il est de nature physique et reste inexpliqué pour la science contemporaine. Il représente un niveau de conscience que nous n’avons pas encore reconnu et qui est capable de manipuler des dimensions qui dépassent le temps et l’espace tels que nous les représentons. Il affecte notre propre conscience humaine d’une manière que nous ne comprenons pas et il se comporte globalement comme un système de contrôle.

Parce qu’il peut manipuler notre conscience de manière inconnue, le phénomène produit aussi des effets que nous ne pouvons décrire que comme paranormaux (...).

Le phénomène OVNI joue un rôle important dans de nombreuses traditions mythologiques. Il a affecté nos religions et nos vues modernes sur l’univers. Il se peut qu’il nous trompe par les images qu’il nous présente, masqué comme il l’est sous différents déguisements dans différentes cultures : Dieu pour les anciens Hébreux ou pour les Mésopotamiens, elfe ou sylphe pour les chroniqueurs médiévaux, démon pour les Inquisiteurs chrétiens. Il a pu également se manifester sous la forme de fantôme ou d’esprit frappeur devant nos grands pères à la fin du XIXe siècle ou sous l’aspect de la Vierge Marie pour les dévots catholiques. Aujourd’hui au sein de la civilisation technologique de la fin du XXe siècle, nous observons un phénomène qui surpasse nos astronautes et leurs brillantes combinaisons ou encore les nains à grosse tête de la science-fiction classique ».

Contrairement à ce qui sera prêté à de nombreuses reprises à l’auteur, Vallée ne niait pas la réalité physique du phénomène ovni, interagissant avec notre environnement. Il ne prétendait d’ailleurs pas plus révéler ce qu’étaient les ovnis. Il évoquait un modèle capable d’intégrer les modifications de forme au fil des siècles, - étrangement liées au rapport à la culture, à l’imaginaire et à l’état d’avancement technologique de la période dans laquelle il s’inscrivait -, la permanence historique, le caractère surnaturel ou paranormal de certains cas, les manifestes manipulations de l’espace et du temps liées au phénomène.

Prenant acte du phénomène ovni tel qu’il nous apparaît singulièrement dans les rencontres rapprochées avec un ovni et une entité, du mécanisme de l’apparition, similaire en cela à la dynamique du miracle religieux, de la multitude de types d’ufonautes observés, du nain négroïde velu semblable aux gnomes de la tradition médiévale à l’humanoïde de grande stature, et de l’absurdité de certains traits de l’équipage de l’ovni comme de leurs préoccupations ou propos tels que relatés par les témoins, Vallée note que « [5](...) cette attitude absurde a eu pour résultat d’écarter les hommes de science professionnels de l’endroit où cette activité avait lieu. Il a aussi servi à donner au mythe des soucoupes, ses harmoniques religieuses et mystiques ».

Dès sa sortie, l’ouvrage connaît des critiques violentes de ceux qui ne voient dans la théorie de Vallée qu’un retournement d’inspiration socio-psychologique. Le crime intellectuel est en effet d’envergure. Vallée vient rien moins que de mettre en doute ce qui constitue déjà un nouveau paradigme chez les ufologues, l’hypothèse extraterrestre. L’auteur, encore hésitant, formulera et affinera plus avant sa théorie dans les ouvrages qui suivront.

Les fondamentaux sont néanmoins énoncés. Les effets des ovnis dépassent très largement et trop souvent le cadre d’une hypothèse extraterrestre classique - une civilisation venue à l’aide d’un engin matériel d’un point distant dans l’univers - et contiennent une apparence paranormale plus globale. Car après tout effectivement, si l’on sait que les ovnis viennent d’autres planètes de l’univers, le phénomène ovni cesse concrètement d’être un phénomène qui resortit du domaine du paranormal. La motivation de ces effets induits par le phénomène serait un puissant et mystérieux instrument de conditionnement.

Dans « Le collège invisible », il évoque ce système de contrôle et les différentes stratégies de camouflages qu’il adopte : « Je crois que le stade suivant du phénomène OVNI est l’implantation d’une croyance générale aux Extra-terrestres. (Cette croyance est déjà si forte que lorsque j’écrivis un livre aux Etats-Unis pour mettre en garde contre cette hypothèse simpliste, l’ouvrage que j’avais intitulé Passeport pour la Magonie fut traduit en français contre mon gré sous le titre : Chronique des Apparitions Extra-terrestres ! L’idée des visiteurs interplanétaires est donc déjà ancrée dans les esprits populaires, d’autant plus solidement que les savants sceptiques l’ont plus longtemps rejetée.)

Je crois donc que la croyance aux visiteurs extra-terrestres que l’on trouve chez les amateurs de « soucoupes volantes » est encore un piège par lequel le phénomène va donner de lui-même une explication acceptable, tout en masquant la nature infiniment plus complexe et peut-être inimaginable pour l’homme actuel, de la technologie qu’il met en œuvre ».

Dans ce même ouvrage, il évoque le triple camouflage auquel se livre le phénomène ovni. Le premier camouflage serait, selon Vallée, le découragement des témoins par le biais des diverses pressions sociales et de l’attitude systématique de dénégation des autorités publiques. Le second camouflage consiste en la propension des pouvoirs publics à imposer une explication normative, fut-ce au détriment de l’intelligence et de la vérité. Le troisième et dernier camouflage serait inhérent au phénomène lui-même, qui susciterait directement les conditions de sa non prise en compte et apparaîtrait parfois sous des formes volontairement trompeuses.

Ce système de contrôle qu’évoque Vallée en filigrane derrière la théorie des trois camouflages sera la grande intuition de son existence, à laquelle il n’a jamais cessé de souscrire et avec lui de nombreux ufologues, malgré des contestations véhémentes des tenants d’une hypothèse extraterrestre au premier degré, l’accusant de vouloir faire de l’ufologie le domaine de l’irrationnel et du surnaturel. Elle se fonde sur un socle de postulats qui se trouvent résumés dans un article[6] reproduit en annexe de l’édition française de son livre « Révélations »[7].

Vallée rejette les deux alternatives traditionnelles expliquant le phénomène ovni, l’inexistence du phénomène et l’hypothèse extraterrestre, sur la base de cinq arguments fondamentaux issus de ses recherches entamées dans les années 60.

Le premier argument est la fréquence des rencontres rapprochées, dont le nombre entre 1969 et 1990, était estimé par Vallée comme n’étant pas inférieur à cinq mille cas. Ainsi, l’auteur s’interroge : « il est difficile d’imaginer des voyageurs de l’espace ayant besoin de se poser cinq mille fois sur une planète pour en analyser le sol, prélever des échantillons de la faune et de la flore, et en dessiner une carte complète ». Notant que les observations d’ovnis signalées et rendues publics ne rendent compte que du dixième des observations réellement faites par la population, il estime que les chiffres « réels » se trouvent sans doutes fortement minorés. Considérant divers travaux ufologiques établissant que le phénomène est majoritairement nocturne, apparaît principalement dans des zones faiblement peuplées, il en résulte selon Vallée que des ovnis se seraient posés environ quatorze millions de fois sur la Terre en quarante ans.

Deux objections sont à poser à ce premier argument. Postuler la validité de l’ensemble des observations d’ovnis telles que relatées par les témoins et même investiguées par les ufologues ne garantit pas que celles-ci renvoient à d’authentiques ovnis. Bien des cas apparemment inexpliqués et étranges ont reçu depuis des explications ou des hypothèses alternatives et conventionnelles recevables. Bien des enquêtes ultérieurement investiguées font émerger des scénarii normatifs parfaitement crédibles. Sans réduire les ovnis à leur dimension socio-psychologique, il est impossible de ne pas admettre que bien des cas d’observations rapprochées, fussent-ils emblématiques, peuvent relever de la psychologie de la perception, de stimuli neurologiques ou de mésinterprétations. Le chiffre assez abstrait donné par Vallée est donc plus que sujet à caution. Supposer ensuite que les ovnis ne soient là que pour explorer la planète et recueillir des échantillons est un raccourci que rien n’autorise. Faute d’avoir identifié la nature du phénomène, comment pourrait-on sérieusement déterminer la finalité ou les buts poursuivis, pour peu qu’il n’y en ait qu’un, des ovnis et de leurs éventuels occupants ?

Le second argument développé par Vallée est celui de la physiologie des ufonautes ou entités observées dans le cadre d’une rencontre rapprochée ou d’un enlèvement. Leur forme quasi systématiquement humanoïde exclurait l’HET par sa trop grande fréquence. Des arguments contredisent également cette vue.

Gildas Bourdais note par exemple que « [8]l’astrophysicien britannique Fred Hoyle avait fait une brillante démonstration de la rationalité de la forme humanoïde, dans son petit livre Hommes et galaxies (Dunod, 1969). Voici par exemple ce que dit Hoyle pour la tête (p. 37) :

« Remarquons ensuite que le cerveau est un fragile instrument qui doit se trouver encastré dans une sorte d’armure protectrice - des os, pourquoi pas ? Remarquons aussi que l’œil occupe le meilleur emplacement à une hauteur maximale au-dessus du sol, ce qui lui procure le champ de vision le plus étendu. Remarquons que cet œil doit être situé près du cerveau pour que les informations optiques y arrivent dans le minimum de temps. Qu’est-ce que cela donne ? Une tête, nécessairement ! ».

Bourdais évoque également le concept de « convergence des formes » en biologie, qui postule que l’adaptation statistique ou physiologique et éthologique dans le monde du vivant se traduit par une convergence des formes des organismes dans des milieux semblables ou des organes ayant en charge de remplir la même fonction, mais appartenant à des lignées différentes.

La forme humanoïde comporte indéniablement certains atouts, position verticale, organes de préhension et de locomotion, très bonne maniabilité des membres supérieurs, support de la tête pour avoir un crâne plus gros et lourd, etc. Il se peut donc que cette forme soit la plus aboutie, la plus fonctionnelle et ergonomique pour un développement intelligent à la surface d’une planète par exemple, bien qu’aucune théorie scientifique sérieuse à ce sujet ne vienne significativement éclairer le débat.

Le troisième argument constate que « le comportement rapporté dans des milliers de récits d’enlèvements est en contradiction avec l’hypothèse d’expérimentations génétiques ou scientifiques menées sur des humains par une race plus avancée ». Selon l’auteur, le contenu médical ou prétendument génétique du scénario type des enlèvements cadre mal avec l’avancée technologique que semble mettre en oeuvre le phénomène. Si pour Bourdais, « Toutes ces aventures font plutôt songer à un programme, soigneusement étudié, de dévoilement progressif, d’accoutumance à la présence de ces extraterrestres et à leurs agissements, comme s’il fallait nous y résigner », il convient d’être prudent sur la matière des enlèvements eux-mêmes. Si les travaux du psychiatre John Mack ont pu laisser croire à une caution scientifique du phénomène, de sérieuses objections sur la réalité du phénomène demeurent recevables. Des ufologues comme Jacques Bernot et Michel Granger[9]considèrent que de nombreux facteurs peuvent expliquer l’ « épidémie », essentiellement américaine, des enlèvements extraterrestres.

Considérant la qualité des narrateurs - tels que Whitley Strieber, John Fuller ou Budd Hopkins - et la force émotionnelle des récits d’abductions, les théories de John Mack jugées contestables par les auteurs, la haute suggestibilité des récits obtenus sous régression hypnotique - fait unanimement reconnu par les spécialistes de la psychologie et de l’hypnose -, le scénario type de l’enlèvement, les distorsions mémorielles ou faux-souvenirs, le phénomène semble ressortir, selon Bernot et Granger, d’une mythologie moderne en formation comme le psychanalyste Carl Jung le suggérait en 1958[10]. Si des doutes sérieux demeurent sur la réalité physique du phénomène des abductions, l’argument de Vallée ne peut être déterminant en l’état actuel des connaissances, même si le questionnement est parfaitement légitime si l’on considère les milliers de témoignages évoquant cette même trame.

L’ancienneté historique du phénomène constitue le quatrième argument de Jacques Vallée contre l’hypothèse extraterrestre. « S’il est possible d’établir que le phénomène s’est réellement manifesté tout au long de notre histoire, se bornant à adapter son apparence, mais non sa structure sous-jacente, aux concepts propres et aux cultures visitées, alors il y a bien peu de chances que nous ayons affaire à des extraterrestres étudiant la Terre ».

Outre que la présence, à l’échelle de l’histoire d’une civilisation, peut s’expliquer si l’on considère avec Vallée que l’intelligence en œuvre derrière les ovnis « accompagne » notre évolution ou se tien au fait de son avancée, il convient une fois de plus d’être extrêmement prudent avec les récits manipulés par Vallée et avec lui les néo-évhéméristes que nous avons évoqué. Il ne s’agit nullement de ne pas prendre acte des ces faits anciens comme constituant un faisceau d’indices concordants, à considérer au regard de ce que nous savons des modernes observations d’ovnis. On constate d’ailleurs de façon indiscutable, que le phénomène apparaît bien avant son « éclosion médiatique en 1947. Nous en sommes si persuadés et nous mesurons à ce point l’enjeu de ce simple constat que nous avons consacré un livre[11] à cette question des observations pré-arnoldiennes, selon la formule consacrée, c’est-à-dire celles précédant 1947. Néanmoins, si l’on peut considérer avec un certain regard les dizaines d’articles concordants de la vague de 1896-1897 aux Etats-Unis ou la vague scandinave de 1946, il n’en est pas de même pour les phénomènes célestes relatés dans les anciennes chroniques. Malgré toute la pertinence des similitudes relevées par Vallée entre certains récits folkloriques et certains autres récits de témoins d’ovnis, ces sources anciennes sont difficilement exploitables et ne constituent pas une « preuve » définitive de l’existence ancienne des ovnis.

C’est le cinquième argument qui se révèle être finalement le plus décisif et il apparaît comme l’aboutissement des constatations de Vallée lui-même, résolument persuadé que « l’apparente aptitude des ovnis à manipuler l’espace et le temps suggère des hypothèses radicalement différentes et plus riches... ».

Plus loin, Vallée synthétise les perspectives ouvertes par sa théorie : « Au milieu des années 70, j’ai émis l’idée que les ovnis pouvaient être un système de contrôle, sans me prononcer sur sa nature possible (humaine, extra-humaine ou simplement naturelle). Les exemples de systèmes de contrôle, qu’ils agissent sur le monde physique ou sur les sociétés, abondent autour de nous. On en trouve dans les mécanismes régulateurs de l’équilibre de la planète, ainsi que des processus écologiques et économiques. Certains d’entre eux sont très bien compris par la science. Cette théorie présente deux variantes intéressantes : 1) une intelligence non-humaine, peut-être installée sur Terre, pourrait nous entraîner vers un nouveau type de comportement. Ce pourrait être le « phénomène Visiteurs » que décrit Strieber (1987)[12], ou une quelconque forme de « super-nature ». 2) Ou bien, dans une interprétation jungienne du même thème, l’inconscient collectif de l’humanité pourrait projeter une imagerie nécessaire à sa survie à long terme, bien au-delà des conflits sans précédent qui ont ravagé notre siècle ».

Mais l’hypothèse qui retient toute l’attention de Vallée est celle de visiteurs extraterrestres manipulant l’espace-temps, notamment pour voyager dans l’univers et pourquoi pas, dans le temps, ce qui expliquerait bien des aspects et surtout la permanence historique.

Ce qui donne, en tous les cas, pleinement raison à Vallée, est l’apparition au détour des années 90, de nouvelles formes d’ovnis gigantesques, apparaissant au dessus de zones urbaines fortement peuplées et semblant surgir de nulle part, quand ils ne disparaissent pas instantanément de la vue des témoins comme pour la vague belge, le 5 novembre 1990 ou les lumières de Phoenix (Arizona) en 1998. Ces séquences de matérialisations / dématérialisations liées au phénomène ovni et le gigantisme des manifestations, excluant tout engin conventionnel, sont devenus des constantes des récentes observations d’ovnis.

Que le lecteur ne se méprenne pas sur les objections précédentes que nous avons pu formuler aux hypothèses de Vallée, ces contre-arguments n’enlevant rien à son intuition. Plus que de nuancer sa démonstration scientifique à ce sujet, il s’agissait surtout de défendre l’agnosticisme en ufologie. Lorsque Vallée prétend être un des seuls ufologues à ne pas savoir ce que sont les ovnis, il rejoint, sans se renier, cette posture agnostique.

Avec les ufologues quoiqu’il en soit, le malentendu fut total. On en oubliait un peu vite qu’il ne s’agissait que de l’origine extraterrestre des ovnis qui était remise en cause par Vallée, et non la réalité physique, le caractère supra-humain et l’exotisme profond des ovnis. Situation paradoxale et délicate du plus grand penseur en ufologie avec Aimé Michel, que d’avoir été unanimement raté par l’essentiel de ses condisciples.

Néanmoins, qu’ils assument ou pas cette paternité, tous les ufologues postulant d’une conscience intelligente en œuvre derrière le phénomène ovni tel qu’il nous apparaît, sont les débiteurs de Jacques Vallée et du « système de contrôle », comme notamment Fabrice Bonvin et sa théorie de la matrice gaïenne[13].

Certains ufologues ont voulu faire de Vallée un debunker ou pire, un agent de la CIA. L’hypothèse prête à rire lorsque l’on connait un peu les arcanes du renseignement et le personnage de Vallée lui-même. L’expatrié qu’il est n’en reste pas moins irrémédiablement attaché à la France et il est plus que douteux d’imaginer qu’une centrale de renseignement américaine ait confié de telles missions à un français. Il avait par contre le profil parfait de l’honorable correspondant des services extérieurs français, brillant, discret, introduit dans certains milieux scientifiques américains, détenteur d’informations de première main sur l’US Air Force, certaines innovations technologiques et aéronautiques puis sur l’industrie et l’innovation dans sa seconde carrière de capital-risqueur[14] dans la Silicon Valley. Ce serait évidemment s’avancer fort loin que d’en faire un espion français mais il est néanmoins à peu près certain que l’homme fut approché dans ce sens, ponctuellement ou non, par certains services français.

[1] Jacques VALLEE, Passport to Magonia, 1969. Trad. Chronique des apparitions extraterrestres, Paris, Denoël, 1972. rééd. J’ai Lu, 1974.

[2] Walter Ewans WENTZ, « The fairy-faith in Celtic countries » (La croyance aux fées dans les contrées celtiques), London, New York, H. Frowde, 1911 - une partie de l’ouvrage est disponible sur google books.

[3] L’intégralité de la base Magonie est disponible en ligne : http://www.ufoinfo.com/magonia/index.shtml

[4] Jacques VALLEE, « Science Interdite », op.cit., p.400.

[5] Jacques VALLEE, « Chronique des apparitions extraterrestres », J’ai lu, 1974, p.235.

[6] Jacques VALLEE, « Cinq arguments contre l’origine extraterrestre des OVNI », trad. De l’anglais par Joël Mesnard, Journal of Scientific Exploration, Pergamon Press, vol.4, n°1, p105 à 117.

[7] Jacques VALLEE, « Révélations : contact avec un autre monde ou manipulation humaine ? », Ed. Robert Laffont, 1992. (ed orig. 1990). / Réed. J’ai lu, coll. « L’aventure mystérieuse », 1992.

[8] Gildas BOURDAIS, « Les arguments de Jacques Vallée contre l’hypothèse extraterrestre ("HET") », sur le blog ufologique de l’auteur. [http://bourdais.blogspot.com/2008/03/jacques-valle-et-lhypothse.html].

[9] Jacques BERNOT , Michel GRANGER, « Le problème des abductés ». R.F.P. (Revue française de Parapsychologie), 1999-2000, vol 1 n°3-4, p. 223-252.

[10] Carl JUNG, « Un mythe moderne », Gallimard, 1958.

[11] Thibaut CANUTI, « Un fait maudit, histoire originale et phénoménologique du fait ovni », JMG, 2007.

[12] Whitley STRIEBER, « Communion : The true story », Morrow 1987.

[13] Théorie ufologique et écologique promue par l’ufologue suisse Fabrice Bonvin, qui postule que le phénomène OVNI est un moyen de communication procédant d’une forme de conscience planétaire (une matrice gaïenne - de « Gaïa », déesse primordiale considérée comme la « Terre-Mère ») dont l’objectif est de susciter un changement chez l’espèce humaine qui soit favorable à son objectif de conservation de la vie.

Cf. Fabrice BONVIN, « OVNIs : Les Agents du Changement », JMG Editions, 2005 (préf. Jean Sider).

« OVNIs : Le Secret des Secrets », JMG Editions, 2006 (préf. Didier Gomez).

[14] Financeur en fonds propres intervenant auprès d’un nombre limité d’entreprises nouvelles et non cotées, le capital-risqueur est un intermédiaire financier original : il se positionne entre l’investisseur institutionnel et l’entreprise, sa rémunération provenant essentiellement de la plus-value réalisée à la vente de sa prise de participation. Il intervient directement dans la gestion stratégique et financière de l’entreprise.


Ce texte est extrait d’un travail que Thibaut Canuti effectue en ce moment sur l’histoire de l’ufologie française et dont l’intégralité sera publié dans un article plus long sur Jacques Vallée dans la revue Ufomania.


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